Cognition des pinnipèdes

 

Contrairement aux dauphins, les capacités cognitives des Pinnipèdes demeurent mal connues. Les recherches dans ce domaine sont encore trop peu fréquentes.

 

Discriminer des odeurs

Les Pinnipèdes utilisent l’olfaction dans leurs communications sociales : mère et jeune se reniflent souvent, les mâles semblent pouvoir reconnaître olfactivement le statut reproducteur des femelles, etc. L’olfaction intervient aussi pour rechercher et sélectionner leur nourriture.
Une expérience récente a montré qu’il était possible d’apprendre à des Otaries à fourrure d'Afrique du Sud  (Arctocephalus pusillus) de discriminer différentes odeurs. On leur apprend donc en les renforçant (c'est-à-dire en leur donnant de la nourriture) que certaines odeurs, appelées S+, ont une valeur positive et d’autres ont une valeur négative (S-) que l’on ne renforce pas.

 

En se servant uniquement de leur olfaction, ces otaries ont été capables de distinguer des odeurs de poisson (hareng et maquereau) versus des odeurs de clous de girofle, poivre noir ou myrte, et de distinguer des odeurs de poissons versus ces mêmes odeurs auxquelles on a rajouté de l’huile de saumon.
Deux semaines après avoir arrêté les apprentissages et 15 semaines après, les animaux se souvenaient toujours des odeurs S+ et des odeurs S-.
Il existerait donc chez ces animaux une mémoire à long terme des odeurs (Laska et al., 2008).

Reconnaître les membres de sa propre famille

- Les otaries de Californie (Zalophus californianus) sont capables de faire la distinction entre des otaries appartenant à leur famille et des otaries étrangères à la famille. Elles ont en quelque sorte une représentation de la filiation/parenté (membre de la famille versus non-membre de la famille). Les chercheurs ont ainsi montré que des frères et sœurs, ou bien demi-frères et demi-sœurs, interagissent plus ensembles qu’avec des congénères extérieurs à la fratrie et ces interactions sont de type affiliatif. En revanche, les otaries sont plus agressives vis-à-vis de congénères qui n’appartiennent pas à leur famille. Cette étude a été réalisée sur 20 otaries dans un Zoo américain (Hanggy & Schusterman, 1990).
- Une étude plus récente effectuée sur des morses a montré que les femelles morses (Odobenus rosmarus rosmarus) sont capables de reconnaître les vocalisations de leur progéniture versus les vocalisations d’un autre jeune (Charrier et al., 2010).
- La reconnaissance mère-jeune est extrêmement importante pour la survie du jeune. En effet, lorsque la mère part en mer s’alimenter elle doit être capable de trouver son petit à son retour à terre et de le reconnaître. Des chercheurs ont très récemment montré que des femelles otarie d’Amérique du Sud (Otaria flavescens) après être parties seules en mer pour se nourrir reviennent à l’endroit de la plage où elles ont quitté leur petit (Trimble & Insley, 2010). Ces scientifiques ont aussi montré que les femelles vocalisent plus avant d’avoir trouvé leur petit versus une fois qu’elles l’ont retrouvé : elles semblent donc les appeler. Les petits à leur tour émettent des vocalisations et cela avant tout contact physique avec leur mère. Ils se dirigent souvent en direction de la femelle qui appelle. Et en dernier lieu, les femelles sentent leur petit. Il y a donc trois paramètres qui entrent en compte lors des réunions mère-jeune : le lieu, les vocalisations et l’odeur.
Cela démontre, si besoin est, que chez ces animaux les liens sociaux sont très importants et en particulier entre la mère et son petit.

Reconnaissance de soi

Contrairement aux grands dauphins (Tursiops truncatus), les otaries de Californie (Zalophus calfornianus) ne reconnaissent pas leur image dans le miroir. Les chercheurs ont montré que les otaries se comportent comme si elles avaient un individu étranger ou étrange (qui fait la même chose qu’elles en même temps et qui n’arrête pas !) en face d’elles. Certaines ont même développé des comportements agressifs vis-à-vis de leur image spéculaire.
Les scientifiques n’ont donc pas pu démontrer l’existence d’une reconnaissance de soi chez ces animaux (Delfour & Marten, 2001).

Les otaries possèdent naturellement une notion de quantité

Une expérience réalisée dans 2 zoos espagnols a montré que des otaries à crinière (Otaria flavescens) possèdent naturellement une notion de quantité et sont capables de traiter, de comparer et de trier ces informations (Abramson et al., 2011).
En effet, des chercheurs ont proposé des quantités variables de poissons à des otaries et ils ont observé leurs réponses. Sans aucun dressage, les otaries comparent les portions proposées et sélectionnent la plus grande quantité de poissons ! Un traitement cognitif similaire a été mis en évidence chez les petits et grands singes.
Cependant les performances des otaries sont variables en fonction du ratio des items. Ainsi elles ont de très bonnes performances quand elles ont le choix entre 1 item versus 5 items, 1 vs 4 ou 3 vs 6. En revanche, leurs performances chutent quand on leur propose 2 items versus 3 items, 4 vs 6 ou 1vs 2. Le meilleur score est obtenu avec la combinaison 3 vs 4.

Les otaries de Californie font preuve de self-control !

Des chercheurs ont mis en place une épreuve de « récompense inversée » au cours de laquelle quatre otaries de Californie mâles (Zalophus californianus) ont le choix entre une grande quantité de nourriture et une petite (Genty & Roeder, 2005). Elles optent spontanément pour la plus grande ( !) mais se voient accorder la quantité inverse de leur choix. Au bout d’une 100aine d’essais, elles ont parfaitement compris quelle quantité il est préférable de choisir : « la plus petite quantité pour recevoir en récompense une grande portion de poissons ».
Dans une tâche similaire, les orang-outans y parviennent avec plus de difficultés. En revanche, c’est mission impossible pour les singes écureuils, les tamarins ou les lémuriens. Pour qu’ils réussissent, il est nécessaire de mettre en place une seconde épreuve au cours de laquelle ils ne reçoivent de récompense que s'ils choisissent la plus petite quantité de nourriture.
Les otaries semblent donc mieux maîtriser leur impulsivité que ces espèces de primates non-humains.

Les otaries sont capables d’apparier des stimuli visuels identiques

Des études ont montré que les otaries de Californie (Zalophus californianus) étaient capables d’associer un stimulus (une représentation graphique) à un stimulus référence.
Elles font se qui est nommé en anglais « matching-to-sample ». Il s’agit pour un sujet de choisir un stimulus visuellement identique à un stimulus référence. Après avoir vu le stimulus référence, l’animal doit choisir parmi 2 stimuli le quel est identique au stimulus référence. S’il trouve le bon stimulus (S+) il est récompensé, s’il choisit le mauvais stimulus (S-) il ne reçoit aucune récompense (Schusterman et al., 2003).
Ce processus requiert de mettre en mémoire le stimulus référence, de s’en souvenir lors de la tâche de présentation de nouveaux stimuli et de comparer ces nouveaux stimuli à celui mémorisé. Ce processus en apparence simple est en réalité complexe.
Les otaries de Californie peuvent non seulement le faire mais en plus elles s’en souviennent pendant longtemps. En effet, des chercheurs ont eu la surprise de constater qu’une de leurs otaries se souvenait de ce qu’elle avait appris 10 ans auparavant (Reichmuth Kastak & Schusterman, 2002).

 

 

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